Programme d’appui à l’autopromotion

La refondation des solidarités pour renforcer le capital social passe par la mobilisation des communautés autour d’activités politiquement neutres et vitales pour tous.
L’ADISCO s’investit donc dans l’appui à l’émergence d’un mouvement social national pour la solidarité et le développement allant de la colline au niveau national et international autour de thématiques identifiées par les populations.  En vue de restaurer la confiance en soi, l’ADISCO accompagne les populations dans la réflexion et le développement d’initiatives auto promues au sein du Programme Haguruka : socle de toute son intervention. 

Ce programme qui représente l’ossature de notre organisation et sa raison d’être ne devrait pas être en soi un programme spécifique, mais la stratégie essentielle de toute notre intervention.
De fait, les cycles de violence qui ont endeuillé notre pays ont conduit à l’avènement de nombreuses catégories de sinistrés qui ont attiré une aide humanitaire notoire. Devant cette cohorte de misères, le pays a bénéficié d’une aide humanitaire importante. Des organisations internationales et des ONG ont rivalisé avec plus ou moins de bonheur pour ‘’sauver’’ toutes ces catégories de la misère. On a estimé en 2005 que 60% de la population burundaise a vécu directement ou indirectement de l’aide humanitaire.

Cette situation d’assisté a engendré des conséquences dramatiques pour la population notamment :
1. La complaisance dans la situation d’assisté : En effet des populations qui n’en ont pas ou plus besoin consacrent encore beaucoup d’énergies à courir derrière des camions du PAM ou des ONG humanitaires pour tenter de décrocher quelques graines de maïs qui ne peuvent les nourrir que deux à trois jours par mois. Ils vont jusqu’à perdre 10 jours de travail par mois pour tenter de se faire inscrire sur les listes et pour attendre les camions.
2. Il est devenu très difficile aujourd’hui de convaincre les populations qu’elles sont capables de mettre en place des initiatives d’auto développement. Les quelques programmes d’appui à l’autopromotion que nous avons pu visiter ces derniers temps sont confrontés à de graves défections de leurs bénéficiaires qui commencent à les accuser de ‘’bavardage’’ au lieu d’apporter ‘’des appuis concrets’’ à l’exemple des organisations d’aide humanitaire qui distribuent vivres, chèvres et ‘’assistance non alimentaire’’. Il existe même des cas où ce débat a tourné en une véritable confrontation des projets avec les pouvoirs locaux ou les associations appuyées.
3. La population a perdu de beaucoup le sens de l’honneur (agateka) que revendiquent tant les Burundais. Les populations ont appris à mentir et à tricher à des niveaux jusque là inconnus dans la culture burundaise qui se caractérisait par la fierté de l’autosuffisance.
4. Et comme si tout cela ne suffisait pas, les grosses organisations internationales et spécialement la Banque Mondiale et le FIDA viennent de lancer de gros programmes dits de ‘’post conflit’’ ou de ‘’reconstruction’’ qui demandent aux gens de se mettre en associations pour bénéficier gratuitement d’appuis importants (distributions de vaches laitières, de chèvres, d’équipements de transformation etc…). Se mettre en association signifie aujourd’hui attendre qu’une organisation dite de ‘’bienfaiteurs’’ vienne vous apporter gratuitement des aides. Les grosses ONG étrangères se sont d’ailleurs mis au pas et rivalisent (cash for food, cash for work, cash for environment, cash for training etc..) pour convaincre le burundais qu’il est incapable de conduire de par lui-même des initiatives qui réussissent.

La situation est donc on ne peut plus grave et il est capital de tenter de remédier à cette situation si l’on ne veut pas voir tout un peuple réduit définitivement à la mendicité. Les solutions à ces problèmes restent néanmoins difficiles à mettre en œuvre et exigent un travail de longue haleine.
D’autres mécanismes pervers qui s’installent : l’ivrognerie, la paresse, le gain facile et les violences caractéristiques de la situation d’après guerre ainsi que de nombreux hommes qui n’aident plus leurs femmes et passent l’essentiel de leur temps au vagabondage.

C’est pour tenter de trouver des voies de solutions à ces questions cruciales que nous pensons que ce programme d’appui à l’autopromotion devra précéder toute intervention. C’est au mois d’avril 2008 que Broederlijk delen sur fonds propres a accepté de financer des actions pilotes de ce programme baptisé ‘’Haguruka’’ (lève-toi) dans deux communes du pays : Busiga en province Ngozi où intervient une cohorte d’organisations humanitaires et de développement et Bukirasazi, une commune quasi oubliée par les agences d’aide.

Le processus débute par une formation psychologique des ‘’paysans ferments’’ choisis selon des critères peu classiques. Ces paysans une fois formés sont ensuite invités à planifier des activités sur leur colline en fonction des potentialités et non des problèmes et sans n’attendre aucun appui extérieur. C’est là notre démarche de ramener la fierté auprès des populations juste par l’appui à la réflexion, notre principale stratégie.